Le 6 août 2026, le Gouvernement a annoncé une évolution du régime social applicable à la prise en charge par l’employeur des frais de carburant des salariés.
Pour 2026, le plafond d’exonération sociale de cette prise en charge doit passer de 300 à 600 € par salarié et par an.
Soyons précis : cela ne signifie pas que chaque salarié du privé recevra automatiquement 600 €. La prise en charge reste facultative pour l’employeur.
Mais le message envoyé est clair : face à la hausse du carburant, il faut permettre aux employeurs de mieux soutenir les salariés contraints d’utiliser leur véhicule pour aller travailler.
C’est précisément là que se pose la question de l’équité avec les agents publics.
Un plein ne coûte pas moins cher parce qu’on est fonctionnaire
Dans les Vosges, la voiture n’est pas toujours un choix.
De nombreux agents ne peuvent pas télétravailler. Les transports collectifs ne desservent pas tous les sites, ni tous les horaires. Certains commencent tôt, terminent tard ou travaillent loin des principaux réseaux.
Pour eux, les déplacements domicile-travail constituent une dépense contrainte.
Un agent des routes, d’un collège, d’un service social, technique ou administratif paie son carburant exactement au même prix qu’un salarié du privé.
Alors une question se pose :
Pourquoi une même contrainte ne donnerait-elle pas lieu à une réponse d’une ambition comparable ?
L’équité ne signifie pas appliquer mécaniquement le même dispositif partout. Elle suppose que des personnes confrontées à une difficulté similaire puissent bénéficier d’une réponse adaptée.
Le SNT avait déjà proposé d’agir
Le SNT Vosges n’a pas attendu l’annonce gouvernementale du 6 août.
Dès le 1er avril 2026, nous avons saisi la Direction générale des services du Conseil départemental avec des propositions concrètes et pragmatiques.
Nous demandions notamment :
- un recensement des véhicules de service et de fonction ;
- une meilleure mutualisation du parc automobile ;
- le développement des déplacements à plusieurs ;
- l’étude de ramassages organisés lorsque cela est possible ;
- une meilleure intégration des trajets partagés dans l’organisation des services ;
- un outil interne réellement opérationnel ;
- un pilotage effectif du Plan Mobilité Employeur 2022-2027.
L’objectif était simple : mieux utiliser les moyens existants pour réduire le coût supporté par les agents.
« Nous étudions »… et le gazole est passé autour de 2,30 € le litre
Le 30 avril 2026, lors d’une rencontre entre la Direction générale des services et les organisations syndicales, la Direction indiquait que les propositions du SNT seraient étudiées.
Nous sommes désormais en août.
Et pendant ce temps, les agents paient.
Le gazole se situe autour de 2,30 € le litre dans le secteur d’Épinal.
Prenons un exemple très concret.
Un agent qui effectue 40 kilomètres aller-retour par jour pour rejoindre son lieu de travail, avec un véhicule consommant en moyenne 6,5 litres aux 100 kilomètres, utilise environ 2,6 litres de carburant par jour.
À 2,30 € le litre, cela représente :
5,98 € par journée travaillée.
Sur une base de 20 jours de travail dans le mois :
près de 120 € par mois uniquement pour venir travailler.
Et encore, ce calcul ne prend en compte que le carburant.
Il ne comprend ni l’entretien du véhicule, ni les pneus, ni l’assurance, ni l’usure ou la dépréciation du véhicule.
Pour beaucoup d’agents, ces 120 € ne financent ni un loisir, ni un confort particulier.
Ils financent simplement le trajet nécessaire pour assurer leur mission de service public.
C’est toute la différence entre le temps administratif et la réalité quotidienne.
Une étude peut durer.
Le passage à la pompe, lui, n’attend pas.
Un fichier Excel ne fait pas une politique de mobilité
Une mesure a certes vu le jour : un fichier destiné à faciliter la mise en relation des agents souhaitant covoiturer.
C’est mieux que rien.
Mais cela reste très loin des propositions formulées par le SNT.
Un fichier Excel ne mutualise pas les véhicules, n’organise pas les ramassages, ne coordonne pas les déplacements entre services et ne répond pas aux agents dont les horaires ou les lieux d’affectation rendent le covoiturage impossible.
Surtout, il laisse encore largement aux agents la responsabilité de trouver eux-mêmes une solution.
Ce que nous demandons, c’est une politique organisée et portée par l’employeur, pas seulement un outil de mise en relation.
Pendant que nous « étudions », ailleurs les règles évoluent
Au niveau national, face à la hausse des carburants, le Gouvernement a décidé d’agir.
Le plafond social de prise en charge des frais de carburant doit être doublé en 2026, de 300 à 600 €, et certaines conditions doivent être temporairement assouplies jusqu’au 31 décembre.
Autrement dit, on adapte les règles à une situation économique exceptionnelle.
Pendant ce temps, les agents territoriaux continuent d’assumer les mêmes hausses, avec parfois une dépendance encore plus forte à la voiture dans les territoires ruraux.
Le constat est difficile à ignorer :
Le coût du carburant est reconnu comme un problème lorsqu’il concerne les salariés du privé. Il doit aussi être regardé comme tel lorsqu’il concerne les agents du service public.
Le SNT demande de l’équité, pas un privilège
Nous ne prétendons pas que le dispositif du privé puisse être transposé automatiquement à la fonction publique territoriale.
Nous demandons que les marges de manœuvre existantes soient utilisées et que, lorsque le droit actuel ne permet pas d’aller suffisamment loin, il puisse évoluer.
Le Département dispose de véhicules, d’organisations de service, d’un Plan Mobilité Employeur et d’une connaissance précise de son territoire.
Le SNT a formulé des propositions.
Elles sont sur la table depuis plusieurs mois.
La question est maintenant de savoir quelles décisions seront prises.
Le pouvoir d’achat se joue aussi sur le trajet domicile-travail
L’attractivité de la fonction publique territoriale ne se mesure pas seulement au recrutement ou aux discours institutionnels.
Elle se mesure aussi à une question très concrète :
combien reste-t-il à l’agent à la fin du mois après avoir payé simplement le trajet nécessaire pour venir travailler ?
Quand 40 kilomètres quotidiens peuvent représenter près de 120 € de carburant par mois, la question n’a plus rien de théorique.
Le SNT Vosges demande donc au Conseil départemental de reprendre les propositions formulées depuis avril et d’indiquer clairement :
- ce qu’il accepte ;
- ce qu’il refuse ;
- ce qu’il entend mettre en œuvre ;
- et dans quels délais.
Mais le SNT ne s’arrêtera pas aux seules réponses locales.
Le SNT va saisir une nouvelle fois les parlementaires
Puisque le Gouvernement a décidé d’assouplir en 2026 les règles applicables aux salariés du secteur privé pour leur permettre de bénéficier plus largement d’une prise en charge de leurs frais de carburant, le SNT va saisir une nouvelle fois les parlementaires.
Notre demande sera claire :
ouvrir aux agents publics des mesures comparables à celles prévues pour les salariés du privé.
Il ne s’agit pas de demander un avantage particulier pour les fonctionnaires.
Il s’agit d’une question d’équité.
Lorsqu’un agent territorial et un salarié du privé doivent tous les deux utiliser leur véhicule pour rejoindre leur lieu de travail, ils subissent la même hausse des carburants.
Pourquoi l’un pourrait-il bénéficier de nouveaux dispositifs de soutien et pas l’autre ?
Le SNT demandera donc aux parlementaires d’intervenir auprès du Gouvernement et, si nécessaire, de porter les évolutions législatives ou réglementaires permettant aux employeurs publics de disposer de leviers comparables.
L’égalité devant le prix à la pompe doit conduire à rechercher davantage d’équité dans les réponses apportées aux travailleurs, qu’ils soient salariés du privé ou agents du service public.
Sur le plan local comme sur le plan national, le SNT continuera donc d’agir.
Nous avons proposé.
Les prix ont augmenté.
Les agents attendent.
Ce qui manque désormais localement, ce n’est plus une étude.
C’est une décision.
REPÈRE DE CALCUL
Pour un trajet domicile-travail de 40 km aller-retour, une consommation moyenne de 6,5 L/100 km et un gazole à 2,30 €/L :
40 km × 6,5 L / 100 = 2,6 L par jour
2,6 L × 2,30 € = 5,98 € par jour
5,98 € × 20 jours = 119,60 € par mois
Calcul limité au seul coût du carburant.
SOURCES
- Bulletin officiel de la sécurité sociale (BOSS) – Communiqué du 6 août 2026, « Évolution du traitement social de la prise en charge par l’employeur des frais de carburant ».
- Code du travail – article L. 3261-3, version en vigueur au 7 août 2026.
- SNT Vosges – courrier à la Direction générale des services du Conseil départemental des Vosges, 1er avril 2026 : propositions relatives aux déplacements, à la mutualisation des véhicules et au Plan Mobilité Employeur.
- SNT Vosges – publication du 11 juin 2026, « Indemnités kilométriques : le barème augmente, les idées locales attendent ».
- Prix des carburants – données disponibles au 7 août 2026 dans le secteur d’Épinal : gazole autour de 2,30 €/L selon les relevés issus des déclarations des stations-service.
