Édito
Par Stéphane MARTIN
« On apprend dès l’origine aux fonctionnaires à se taire. » Christelle MAZZA

La souffrance au travail dans le service public est un sujet qui émerge de plus en plus dans le débat public. À l’occasion de la parution de son ouvrage Souffrance au travail dans le service public, l’avocate Christelle Mazza rappelle combien il peut être difficile, pour un agent, d’oser exprimer un malaise professionnel.
Dans des organisations historiquement structurées autour de la hiérarchie et du sens du devoir, la retenue est parfois devenue un réflexe. Beaucoup d’agents hésitent à signaler une difficulté, par crainte d’être mal compris, de créer un malaise ou d’être perçus comme « excessifs ».
Pourtant, le silence n’est pas une solution durable.
Une collectivité engagée dans la prévention
Au sein du Conseil départemental des Vosges (CD88), des démarches de prévention ont été engagées ces dernières années, notamment en matière de risques psychosociaux. Des dispositifs existent, des instances travaillent sur les conditions de travail, des outils ont été mis en place pour accompagner les agents.
Ces efforts traduisent une volonté d’amélioration continue qu’il convient de souligner.
Mais la prévention ne peut fonctionner pleinement que si la parole circule.
Car aucun dispositif, aussi structuré soit-il, ne peut être efficace si les situations ne sont pas signalées à temps.
La peur : un frein souvent disproportionné
Dans une organisation hiérarchisée, l’hésitation à parler est compréhensible. L’agent peut craindre de « déranger », de fragiliser son service ou d’altérer son image professionnelle.
Dans la réalité, ces peurs sont souvent plus fortes que les risques réels.
Signaler une difficulté n’est pas un acte d’opposition. C’est un acte de responsabilité. C’est permettre à l’institution d’identifier une tension, d’ajuster une organisation, d’éviter qu’un problème ne s’installe.
Le devoir de réserve, souvent mal interprété, n’interdit pas à un agent d’alerter sur une situation de harcèlement, de discrimination ou de souffrance professionnelle. Il encadre l’expression publique, mais ne saurait empêcher le recours aux dispositifs internes ou aux voies légales de protection.
Prévenir plutôt que réparer
La prévention repose sur un équilibre collectif : une administration à l’écoute, des encadrants formés, des représentants du personnel attentifs, et des agents qui osent exprimer leurs difficultés.
Lorsque les situations restent tues, les tensions s’installent, la fatigue s’accumule, la cohésion d’équipe peut se fragiliser. À l’inverse, une parole exprimée tôt permet souvent de désamorcer les conflits et de trouver des solutions adaptées.
Sortir de l’isolement change la perspective. Une situation partagée devient plus objective, plus encadrée, plus facile à traiter.
Faire vivre le service public par le dialogue
Le service public repose sur l’engagement de ses agents. Protéger cet engagement suppose de garantir des conditions de travail respectueuses et un climat de confiance.
Exprimer une difficulté ne fragilise pas l’institution. Cela contribue à son amélioration.
Au CD88, l’enjeu est clair : poursuivre les démarches de prévention engagées et encourager un dialogue professionnel serein, fondé sur la responsabilité et la confiance.
Rompre avec la peur, lorsqu’elle n’est pas justifiée, c’est permettre à la prévention de remplir pleinement son rôle.
Parce que protéger les agents, c’est aussi renforcer la qualité et la continuité du service public.

Fonction publique territoriale : la rupture conventionnelle devient définitive
Après six années d’expérimentation, la rupture conventionnelle entre définitivement dans le droit de la fonction publique. L’article 173 de la loi de finances pour 2026 inscrit durablement le dispositif dans le Code général de la fonction publique.
Pour les agents du Conseil départemental des Vosges (CD88), cette évolution met fin à l’incertitude juridique ouverte depuis le 1er janvier 2026, date à laquelle aucun nouveau dossier ne pouvait être engagé à l’issue de la période expérimentale.
Le SNT Vosges fait le point sur ce dispositif désormais pérenne.
Un départ d’un commun accord
La rupture conventionnelle permet à un agent public et à son employeur de mettre fin à leurs relations professionnelles d’un commun accord.
Dans la fonction publique territoriale, elle concerne :
- Les fonctionnaires titulaires
- Les agents contractuels en CDI
Elle repose exclusivement sur le consentement mutuel. Aucune des deux parties ne peut l’imposer.
La procédure
-
Une demande écrite est adressée par l’agent ou par l’autorité territoriale.
-
Un ou plusieurs entretiens sont organisés pour examiner :
- Les motivations
- La date envisagée de départ
- Le montant de l’indemnité
-
L’agent peut se faire assister par un représentant syndical ou un collègue.
-
En cas d’accord, une convention est signée.
-
Un délai de rétractation de quinze jours francs s’applique.
À l’issue de ce délai, la rupture entraîne :
- La radiation des cadres pour les fonctionnaires
- La fin du contrat pour les agents en CDI
Une indemnité strictement encadrée
La rupture conventionnelle ouvre droit à une indemnité spécifique, dont le montant est encadré par le décret du 31 décembre 2019.
Base de calcul
L’indemnité est calculée à partir de la rémunération brute annuelle perçue au cours de l’année civile précédant la date de rupture.
Plancher (minimum légal)
| Ancienneté | Indemnité minimale |
|---|---|
| Jusqu’à 10 ans | ¼ de mois de rémunération brute par année |
| 10 à 15 ans | 2/5 de mois par année |
| 15 à 20 ans | ½ mois par année |
| 20 à 24 ans | 3/5 de mois par année |
Ancienneté maximale prise en compte : 24 ans.
Plafond (maximum légal)
- 1/12e de la rémunération brute annuelle par année d’ancienneté
- Limite de 24 années
Le plafond maximal correspond donc à deux années de rémunération brute (24 × 1/12).
La rupture conventionnelle ouvre également droit à l’allocation d’aide au retour à l’emploi, sous réserve de remplir les conditions d’indemnisation chômage.
Des exclusions maintenues
Le dispositif ne s’applique pas :
- Aux fonctionnaires stagiaires
- Aux agents ayant atteint l’âge d’ouverture du droit à une retraite à taux plein
- Aux fonctionnaires détachés en qualité d’agent contractuel
Autre règle essentielle : un agent bénéficiant d’une rupture conventionnelle et réintégrant la même fonction publique dans un délai de six ans devra rembourser l’intégralité de l’indemnité perçue, dans un délai maximal de deux ans.
Des conséquences à mesurer avec précision
Si la rupture conventionnelle peut constituer un levier de reconversion ou de mobilité professionnelle, elle n’est jamais un acte neutre.
Elle peut avoir des impacts significatifs sur :
- Les droits à la retraite
- Le régime d’indemnisation chômage
- La situation fiscale
- La possibilité de retour dans la fonction publique
Chaque situation doit donc faire l’objet d’une analyse approfondie.
La position du SNT Vosges
Pour le SNT Vosges, la pérennisation du dispositif apporte un cadre juridique stabilisé.
Cependant, son utilisation doit rester équilibrée et respecter strictement le principe du libre consentement.
Au sein du Conseil départemental des Vosges, notre organisation syndicale restera particulièrement vigilante :
- Sur le respect des procédures
- Sur le niveau des indemnités proposées
- Sur l’information complète et loyale des agents
Avant toute démarche, nous invitons les agents désireux de soumettre une demande de rupture conventionnelle à prendre conseil. Une rupture conventionnelle engage durablement la carrière et la protection sociale.
Le SNT Vosges se tient à la disposition de l’ensemble des agents pour un accompagnement personnalisé et confidentiel.


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