Édito
«Télétravail dans la territoriale : dépasser les caricatures et en faire un levier d’égalité et de performance»
Par Stéphane MARTIN
JURISPRUDENCE
Accident de service : sur le lieu de travail… mais pas toujours imputable
« TA Cergy-Pontoise, 8 janvier 2026, n° 2216941 »
Au SNT Vosges, nous le rappelons souvent : connaître ses droits, c’est déjà se protéger.
Une décision récente du tribunal administratif de Cergy-Pontoise vient préciser un point essentiel pour tous les agents territoriaux.
Un principe protecteur… mais encadré
En règle générale, lorsqu’un accident survient pendant le service et sur le lieu de travail, il est présumé imputable au service.
C’est un mécanisme protecteur fort pour les agents.
Mais cette présomption n’est pas absolue.
L’administration peut la renverser si elle démontre que l’événement est totalement détachable du service, c’est-à-dire qu’il trouve son origine dans un différend strictement personnel, sans lien avec les fonctions exercées.
L’affaire jugée
Un agent territorial est victime d’une agression sur son lieu de travail.
Il demande la reconnaissance de l’imputabilité au service.
Après instruction, la collectivité refuse. L’agent conteste.
Le tribunal examine l’origine du conflit :
- différend antérieur aux faits,
- échanges extérieurs au service,
- éléments intervenus hors temps et lieu de travail.
Conclusion des juges : même si l’agression s’est produite pendant le service, son origine est personnelle. Elle est donc juridiquement détachable du service.
Le refus est validé.
Ce que cette décision nous enseigne
Elle rappelle un principe simple mais essentiel :
Ce n’est pas uniquement le lieu qui compte.
C’est le lien direct et certain avec les missions exercées.
Dans nos collectivités, les situations humaines sont parfois complexes.
Un désaccord professionnel peut évoluer.
Une tension peut dépasser le cadre strict du service.
C’est précisément pour cela que chaque situation mérite une analyse rigoureuse et équilibrée.
Notre vigilance syndicale
Nous restons attentifs à deux points :
- La qualification de « différend personnel » ne doit pas devenir un réflexe automatique.
- Les conflits nés du travail ne doivent pas être requalifiés abusivement en conflits privés.
L’examen doit être concret, factuel et loyal.
La protection statutaire des agents ne peut être écartée qu’au terme d’une analyse sérieuse.
Ce qu’il faut faire en cas d’agression
✔️ Déclarer immédiatement les faits
✔️ Rédiger un compte rendu précis du contexte
✔️ Identifier les éléments en lien avec le travail
✔️ Se faire accompagner
Parce que derrière chaque dossier, il y a un agent, un collectif, une responsabilité.
Au SNT Vosges, nous croyons à un syndicalisme exigeant et responsable :
✔️ défendre les droits
✔️ analyser les situations avec professionnalisme
✔️ agir avec combativité lorsque c’est nécessaire
« Comprendre la jurisprudence, c’est renforcer notre capacité collective à protéger les agents. »
Congé de solidarité familiale : l’emploi désormais sécurisé, mais une indemnisation limitée
Le décret n° 2026-119 du 20 février 2026, publié au Journal officiel le 21 février, marque une évolution importante pour les agents publics, dont les agents territoriaux. Le texte vient sécuriser la situation professionnelle des agents qui prennent un congé de solidarité familiale pour accompagner un proche en fin de vie.
Jusqu’à présent, le droit au congé existait. Il permettait à un agent d’interrompre ou de réduire son activité pour assister un parent, un enfant ou une personne partageant son domicile, atteinte d’une affection grave en phase avancée ou terminale. Mais la question du maintien dans l’emploi pendant cette période pouvait susciter des inquiétudes.
Le décret apporte désormais une clarification essentielle : l’agent conserve son emploi pendant toute la durée du congé. Si le poste est supprimé ou transformé pendant son absence, il doit être réaffecté sur un emploi correspondant à son grade, au plus proche de son ancien lieu de travail ou, à sa demande, de son domicile.
Pour les territoriaux, cette garantie est majeure. Elle affirme un principe simple : accompagner un proche en fin de vie ne peut justifier aucune fragilisation professionnelle.
Une réalité financière plus fragile
Si le décret renforce la protection statutaire, la question indemnitaire reste inchangée. Le congé de solidarité familiale demeure un congé non rémunéré.
Pendant cette période :
- le traitement indiciaire est suspendu ;
- le régime indemnitaire n’est pas versé ;
- l’agent ne perçoit pas de salaire de la collectivité.
Une allocation journalière d’accompagnement d’une personne en fin de vie (AJAP) peut toutefois être versée par l’Assurance maladie.
En 2026, son montant est fixé à :
- 64,41 € par jour en cas d’arrêt total d’activité ;
- 32,21 € par jour en cas de temps partiel.
L’indemnisation est limitée à 21 jours maximum (42 jours en cas de temps partiel).
Ce dispositif constitue un soutien, mais il ne compense pas intégralement une rémunération complète, notamment pour les agents de catégorie B et A.
Le SNT restera vigilant quant à l’application effective des garanties de maintien dans l’emploi dans toutes les collectivités.
Congé d’adoption : la fonction publique alignée sur le secteur privé
Le même décret n° 2026-119 du 20 février 2026 modernise les règles du congé d’adoption dans la fonction publique. L’objectif affiché est clair : harmoniser les modalités avec celles du secteur privé.
Désormais, le congé d’adoption peut :
- débuter jusqu’à sept jours avant l’arrivée de l’enfant au foyer ;
- se terminer au plus tard dans les huit mois suivant cette arrivée ;
- être fractionné en deux périodes d’une durée minimale de vingt-cinq jours chacune.
Ces nouvelles règles s’appliquent aux demandes déposées depuis l’entrée en vigueur du décret.
Une différence notable avec le congé de solidarité familiale
Contrairement au congé de solidarité familiale, le congé d’adoption est rémunéré.
Pour les fonctionnaires territoriaux :
- le traitement indiciaire est maintenu ;
- le supplément familial de traitement est maintenu ;
- les primes et indemnités sont en principe conservées, sauf dispositions locales spécifiques.
Le congé est assimilé à une période d’activité pour l’avancement et les droits à retraite.
Cette harmonisation permet une meilleure organisation du temps autour de l’arrivée d’un enfant et met fin à des différences de calendrier entre public et privé.
Pour le SNT
Ces évolutions vont dans le bon sens :
- la protection de l’emploi est clairement affirmée pour le congé de solidarité familiale ;
- le congé d’adoption gagne en souplesse et en lisibilité.
Mais la question du niveau d’indemnisation du congé de solidarité familiale reste posée. La solidarité familiale ne peut reposer uniquement sur l’effort financier des agents.
Le SNT continuera d’accompagner les agents territoriaux dans leurs démarches et d’intervenir lorsque ces droits ne sont pas respectés.
