La hausse des carburants ouvre droit à une majoration temporaire des indemnités kilométriques pour les agents publics. Une bonne nouvelle pour les personnels concernés. Mais au Conseil départemental des Vosges, le SNT rappelle que des solutions simples pour mieux organiser les déplacements dorment encore dans les tiroirs.
Les prix des carburants ont fini par faire bouger les lignes. Par arrêté du 29 mai 2026, les indemnités kilométriques applicables aux déplacements professionnels des agents publics sont temporairement majorées pour la période du 1er juin au 31 décembre 2026.
La mesure est claire : lorsqu’un agent est autorisé à utiliser son véhicule personnel pour les besoins du service, le remboursement kilométrique doit désormais être calculé sur la base d’un barème revalorisé. Selon Service-Public, cette majoration atteint 3,2 %, soit l’équivalent d’environ 0,20 € par litre de carburant.
Pour les agents concernés, ce n’est pas un cadeau. C’est la reconnaissance d’une dépense réelle.
Car les kilomètres professionnels ne se paient pas en bonnes intentions. Ils se paient à la pompe.
Ce que les agents doivent savoir
La majoration s’applique aux déplacements professionnels effectués entre le 1er juin et le 31 décembre 2026.
Elle concerne les agents autorisés à utiliser leur véhicule personnel pour les besoins du service. Elle ne vise donc pas le trajet habituel domicile-travail, mais bien les déplacements temporaires réalisés dans le cadre professionnel.
En métropole, les nouveaux taux sont les suivants :
| Véhicule personnel | Jusqu’à 2 000 km | De 2 001 à 10 000 km | Après 10 000 km |
|---|---|---|---|
| 5 CV et moins | 0,33 €/km | 0,41 €/km | 0,24 €/km |
| 6 CV et 7 CV | 0,42 €/km | 0,53 €/km | 0,31 €/km |
| 8 CV et plus | 0,46 €/km | 0,57 €/km | 0,33 €/km |
Pour les deux-roues et autres véhicules à moteur, les taux sont également revalorisés :
| Véhicule | Taux applicable |
| Motocyclette de plus de 125 cm³ | 0,16 €/km |
| Vélomoteur et autres véhicules à moteur | 0,13 €/km |
Dans la fonction publique territoriale, cette revalorisation concerne également les collectivités, par renvoi aux règles applicables aux déplacements temporaires des personnels de l’État.
En clair : un agent territorial qui utilise son véhicule personnel pour un déplacement professionnel autorisé, entre le 1er juin et le 31 décembre 2026, doit bénéficier du barème majoré.
Le SNT Vosges sera attentif à son application.
Une avancée nationale, un immobilisme local
Cette majoration est bienvenue. Elle répond à une réalité que les agents vivent depuis longtemps : le coût du carburant pèse lourd, très lourd, dans les budgets.
Mais elle ne règle qu’une partie du problème.
Elle indemnise mieux certains déplacements. Elle ne les évite pas. Elle ne les organise pas. Elle ne mutualise aucun véhicule. Elle ne crée aucun ramassage. Elle ne transforme pas une addition de trajets individuels en véritable politique de mobilité.
Et c’est précisément là que le SNT Vosges attend toujours la collectivité.
Depuis plusieurs mois, le SNT a formulé des propositions concrètes : mutualiser davantage les véhicules de service, mieux utiliser les véhicules multi-places, organiser des trajets partagés, étudier des points de ramassage là où c’est possible, suivre l’usage réel des véhicules et piloter sérieusement le Plan Mobilité Employeur.
Rien de démesuré. Rien de ruineux. Rien qui nécessite de découvrir l’eau tiède.
Simplement du pragmatisme.
Mais le pragmatisme, visiblement, a parfois du mal à franchir la porte des réunions.
Le fichier Excel, ou l’art de confondre outil et politique
À ce stade, la seule action concrète mise en place par la collectivité semble se résumer à un fichier Excel destiné à faciliter la mise en relation des agents souhaitant covoiturer.
Dont acte.
Un fichier Excel peut être utile. Il peut permettre à des agents de se trouver, d’échanger, de s’organiser. Personne ne prétend le contraire.
- Mais un tableau n’est pas une politique publique.
- Un fichier Excel ne mutualise pas les véhicules de service.
- Il ne met pas en place des points de ramassage.
- Il ne coordonne pas les déplacements des équipes.
- Il ne garantit pas l’usage optimal des véhicules multi-places.
- Il ne protège pas les agents qui n’ont pas d’autre solution que leur voiture personnelle.
- Il laisse surtout les agents se débrouiller entre eux, avec une case à remplir et un peu de bonne volonté.
C’est mieux que rien. Mais c’est tout de même peu, quand les besoins sont connus et que les pistes existent déjà.
Quand on n’organise pas, on rembourse
La collectivité devra appliquer le barème majoré aux agents concernés. C’est le droit. Et c’est normal.
Mais cette revalorisation rappelle une évidence : chaque déplacement professionnel non anticipé, non mutualisé, non organisé, finit tôt ou tard par coûter.
Il ne s’agit pas d’opposer indemnisation et organisation. Les agents doivent être remboursés correctement lorsqu’ils utilisent leur véhicule personnel pour le service.
Mais il serait temps de comprendre que mieux organiser les déplacements n’est pas une lubie syndicale. C’est une mesure de bon sens, de gestion et d’équité.
Le SNT Vosges regrette que des propositions simples, peu coûteuses et immédiatement compréhensibles soient trop souvent entendues, parfois saluées, puis rarement appliquées.
On écoute. On prend note. On remercie. Et ensuite, on ouvre un fichier Excel.
Pendant ce temps, les agents roulent.
Les agents, eux, paient tout de suite
Derrière les barèmes, il y a des réalités très concrètes.
- Il y a des agents de terrain qui ne peuvent pas télétravailler.
- Il y a des agents qui interviennent sur des secteurs où les transports collectifs ne répondent à aucune contrainte professionnelle réelle.
- Il y a des agents qui utilisent leur véhicule parce qu’aucune solution collective n’a été organisée.
- Il y a des agents qui subissent déjà la hausse du carburant, de l’alimentation, de l’énergie et des produits de première nécessité.
Comme souvent, les agents sont les premiers impactés.
Et comme trop souvent, les réponses locales arrivent au compte-gouttes.
Le SNT demande du concret
Le SNT Vosges demande que la collectivité passe enfin du principe à l’action.
Les propositions sont connues :
- mutualisation réelle des véhicules de service ;
- utilisation plus intelligente des véhicules multi-places ;
- organisation de trajets partagés ;
- étude de points de ramassage lorsque cela est possible ;
- suivi de l’utilisation des véhicules ;
- pilotage effectif du Plan Mobilité Employeur ;
- information claire des agents sur leurs droits aux frais de déplacement.
La majoration temporaire des indemnités kilométriques doit être appliquée pleinement. C’est un droit ouvert pour les agents concernés.
Mais elle ne doit pas servir de prétexte pour continuer à ne rien organiser localement.
- Les idées sont là.
- Les besoins sont là.
- Les agents sont là.
Il ne manque plus qu’une chose : que la collectivité sorte enfin du tableau Excel.
