NBI et retraite : ce qui se prépare à l’État pourrait-il demain concerner les territoriaux ?

Une histoire de fiche de paie, de retraite… et de questions qu’il vaut mieux se poser aujourd’hui que dans vingt ans inspirée par un article LinkedIn publié par Frédérique JACQUIN 

« Si je touche toujours la même chose, où est le problème ? »

Claire est fonctionnaire territoriale depuis une vingtaine d’années. Comme beaucoup de collègues, elle regarde principalement une chose sur son bulletin de paie : le montant qui arrive sur son compte bancaire.

Un matin, elle découvre une information qui l’intrigue.

Un rapport officiel, publié en juillet 2026 par l’Inspection générale de l’administration et l’Inspection générale des finances, propose de faire disparaître progressivement la NBI en l’intégrant dans l’IFSE, une prime que connaissent bien les agents territoriaux.

L’objectif affiché ? Simplifier les rémunérations.

Claire hausse les épaules :

— « Franchement, si on supprime une ligne sur ma fiche de paie pour mettre la même somme sur une autre, ça ne change pas grand-chose ! »

À la pause-café, elle en parle à Nadia, représentante du personnel.

— « Pour ton salaire d’aujourd’hui, peut-être. Mais pour ta retraite, ce n’est pas forcément la même histoire. »

« Mais ce rapport concerne les fonctionnaires de l’État, pas nous ! »

Claire n’est pas convaincue.

— « De toute façon, ça concerne les ministères. Nous, on travaille pour une collectivité territoriale ! »

Nadia lui explique :

— « C’est vrai. Et pour l’instant, il ne s’agit que d’une proposition. Mais nos régimes indemnitaires sont liés à ceux des fonctionnaires de l’État. C’est ce qu’on appelle le principe de parité. »

En clair, les primes des territoriaux sont encadrées par des règles qui prennent celles de l’État comme référence.

Cela ne signifie pas que chaque réforme de l’État s’applique automatiquement dans les collectivités. Mais une évolution nationale peut ensuite être déclinée dans la fonction publique territoriale.

Et Nadia ajoute :

— « D’ailleurs, ce n’est plus seulement une hypothèse. En juin 2026, un décret a déjà réorganisé les primes de certains emplois de direction territoriaux et supprimé la NBI attachée à certains de ces emplois. C’est une réforme limitée à des fonctions particulières, mais elle montre que ce type d’évolution est possible. »

Claire commence à écouter plus attentivement.

— « Donc si ça se généralise à l’État, on pourrait un jour nous proposer la même chose ? »

— « C’est possible, mais ce n’est pas décidé. Et justement, le rôle d’un syndicat, c’est aussi de regarder ce qui pourrait arriver avant que les décisions soient prises. »

« D’accord… Mais quel rapport avec ma retraite ? »

Nadia prend une feuille et dessine deux colonnes.

Dans la première, elle écrit NBI.

— « La NBI, ce sont des points d’indice supplémentaires accordés pour certaines fonctions. Et ces points te permettent de constituer un supplément de retraite, en fonction notamment du temps pendant lequel tu les perçois. »

Dans la seconde colonne, elle inscrit IFSE.

— « L’IFSE, elle, est une prime. Elle compte aussi pour la retraite, mais dans un autre système, la retraite additionnelle, appelée RAFP. Et dans ce système, les primes prises en compte sont plafonnées. »

Claire réfléchit.

— « Donc si on remplace ma NBI par une augmentation de mon IFSE, je peux toucher autant chaque mois, mais ne pas avoir les mêmes droits à la retraite ? »

— « Exactement. Par exemple, si tes autres primes atteignent déjà le plafond de cotisation à la retraite additionnelle, une augmentation d’IFSE ne te donnera pas de points supplémentaires dans ce régime. »

— « Et pendant ce temps-là, je ne continuerais plus à acquérir le supplément de retraite lié à la NBI ? »

— « Si elle était supprimée sans dispositif particulier pour la remplacer, c’est effectivement le risque. Voilà pourquoi il faudrait regarder les conséquences précises d’une telle réforme avant de l’appliquer. »

« Et tout ce que j’ai déjà cotisé ? »

Claire commence à s’inquiéter.

— « Mais alors, mes années de NBI, je risque de les perdre ? »

Nadia la rassure sur les règles actuelles :

— « Non. Aujourd’hui, les périodes pendant lesquelles tu as perçu la NBI restent prises en compte pour le calcul du supplément de pension, même si tu ne touches plus cette NBI au moment de partir à la retraite. »

— « Alors, où est le problème ? »

— « Il est surtout dans les années qui te restent à travailler. Si demain tu continues à exercer les mêmes fonctions, mais que tu ne perçois plus de NBI, il faudra vérifier ce que tu gagneras ou perdras réellement en droits futurs à retraite. »

Claire regarde sa fiche de paie avec un œil différent.

— « Finalement, ce n’est pas parce que mon salaire reste identique que ma retraite le sera aussi… »

— « Voilà. Mais attention : on ne peut pas non plus affirmer aujourd’hui que tous les agents perdraient de l’argent. Tout dépendrait de la réforme, de leur situation et des garanties prévues. »

Le SNT Vosges préfère poser les questions avant qu’il ne soit trop tard

Pour le SNT Vosges CFE-CGC, cette proposition mérite d’être examinée sérieusement.

Il ne s’agit ni d’annoncer une suppression générale de la NBI qui n’a pas été décidée, ni d’affirmer que les agents territoriaux vont automatiquement perdre des droits à la retraite.

Il s’agit de comprendre les évolutions envisagées dans la fonction publique de l’État, de mesurer leurs conséquences possibles pour les territoriaux et de demander des garanties avant toute éventuelle transposition.

Car derrière une mesure présentée comme une simplification administrative se trouvent des réalités très concrètes : des responsabilités exercées, une rémunération, des cotisations et des années de retraite à préparer.

Le SNT Vosges demande donc que toute évolution éventuelle soit précédée d’une étude transparente permettant de garantir :

  • Le maintien de la rémunération réelle des agents.
  • La préservation des droits à pension déjà constitués.
  • L’absence de dégradation des droits futurs à retraite, grâce à des mécanismes adaptés si nécessaire.
  • Une information claire des agents et une véritable concertation avec leurs représentants.

Simplifier une fiche de paie peut être une bonne idée. Encore faut-il vérifier que cela ne complique pas la vie des agents lorsqu’ils arrivent à la retraite.

« Avant de nous dire que nous ne perdons rien, vérifiez aussi ce que nous toucherons demain ! »

C’est finalement la réflexion de Claire en quittant Nadia.

Et c’est aussi le message du SNT Vosges.

Notre rôle n’est pas d’attendre que les problèmes apparaissent pour les dénoncer. C’est aussi d’anticiper les évolutions, d’en analyser les conséquences et de défendre des solutions protectrices pour les agents territoriaux.

Le SNT Vosges CFE-CGC, ensemble et pour tous.


Sources officielles

  • 1. IGA–IGF, juillet 2026 — Primes et indemnités dans la fonction publique de l’État, proposition n° 4 et annexe III, partie 2.2.2.2, page 26 : intégration proposée de la NBI à l’IFSE.
  • Consulter le rapport officiel intégral (PDF)
  • 2. Code général de la fonction publique, article L.714-4 — Principe de parité des régimes indemnitaires territoriaux.
  • Consulter sur Légifrance
  • 3. Décret n° 2026-487 du 10 juin 2026, notamment articles 3, 4 et 5 — Réforme indemnitaire et évolution de la NBI pour certains emplois administratifs supérieurs territoriaux, entrée en vigueur le 1er juillet 2026.
  • Consulter le décret sur Légifrance
  • 4. Décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003, article 28 — Supplément de pension lié à la NBI pour les fonctionnaires affiliés à la CNRACL.
  • Consulter sur Légifrance
  • 5. Service Public – Direction de l’information légale et administrative, fiche vérifiée le 23 janvier 2026 — Les primes sont-elles prises en compte pour la retraite des agents publics ?

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