SNT Info #23/04/2026

VEILLE REGLEMENTAIRE

Dans les collectivités, les agents peuvent-ils vraiment s’exprimer ?

Dans les  collectivités territoriales, certains mots reviennent régulièrement dans les échanges professionnels : dignité, réserve, loyauté. Trois notions qui, sur le papier, relèvent du bon sens, mais qui, dans la pratique, peuvent parfois susciter des interrogations chez les agents.

Peut-on exprimer un désaccord ? Poser une question critique ? Donner son avis sur une organisation de service sans s’exposer ?

La réponse est moins restrictive qu’on ne le croit.


Des obligations réelles… mais ciblées

Le cadre juridique est clair. Les agents publics doivent exercer leurs fonctions avec dignité, impartialité et intégrité. Cette exigence est inscrite dans le Code général de la fonction publique.

Concrètement, cela vise à garantir un comportement professionnel : respect des collègues, attitude adaptée, absence de propos déplacés.

Mais ce cadre ne dit pas que les agents doivent se taire. Il ne leur interdit pas non plus de réfléchir, de questionner ou de proposer.

Dans les faits, un désaccord exprimé calmement ou une critique argumentée ne constituent pas une faute.


La dignité : une question de comportement, pas d’opinion

Dans les services, la notion de dignité est parfois perçue comme une exigence de retenue absolue. En réalité, elle concerne avant tout la manière d’agir.

Un agent peut contester une organisation ou signaler une difficulté. Ce qui devient problématique, ce sont les excès : propos injurieux, attitudes irrespectueuses ou comportements déstabilisants.

Autrement dit, ce n’est pas le fait de s’exprimer qui pose problème, mais la façon de le faire.


Le devoir de réserve, entre mythe et réalité

Le devoir de réserve est souvent invoqué comme une règle de silence. Pourtant, le droit administratif adopte une approche plus nuancée.

Le Conseil d’État rappelle que cette obligation dépend du contexte, du niveau de responsabilité de l’agent et de la manière dont il s’exprime.

Un agent territorial peut donc :

  • participer à un débat professionnel,
  • exprimer une critique,
  • formuler un désaccord.

La limite se situe dans la forme. Des propos excessifs, agressifs ou dénigrants peuvent être sanctionnés, là où une critique argumentée reste autorisée.


La loyauté n’exclut pas l’esprit critique

Autre notion fréquemment évoquée : la loyauté.

Elle implique de respecter les instructions légales et de ne pas nuire au fonctionnement du service. Mais elle ne signifie pas adhérer à tout sans discussion.

Un agent peut parfaitement signaler un dysfonctionnement ou alerter sur un risque. Dans certains cas, ne rien dire pourrait même être contraire à l’intérêt du service.

La loyauté, en droit, consiste à agir de manière responsable, pas à renoncer à toute analyse.


Une liberté d’expression toujours protégée

Les agents publics restent titulaires de libertés fondamentales, parmi lesquelles la liberté d’expression.

Elle est garantie par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et confirmée par la jurisprudence, y compris européenne.

La Cour européenne des droits de l’homme a ainsi reconnu la protection d’agents ayant dénoncé des dysfonctionnements graves dans leur administration.

Ce principe rappelle une réalité simple : alerter ou questionner n’est pas interdit.


Ce qui est réellement sanctionné

Dans la pratique, les décisions disciplinaires suivent une ligne constante.

Ce ne sont pas les critiques qui sont sanctionnées, mais :

  • les propos injurieux ou violents,
  • les attaques personnelles,
  • les comportements perturbant le service,
  • ou le refus d’obéissance hiérarchique.

La nuance est essentielle. Entre une critique ferme et un dérapage, la frontière tient souvent à quelques mots.


La messagerie professionnelle, un espace surveillé

Un autre point continue de surprendre : la messagerie professionnelle.

Contrairement à une idée répandue, elle n’est pas un espace privé. Sauf mention explicite, les messages peuvent être consultés par l’administration.

Un échange informel peut ainsi être relu dans un cadre disciplinaire.

Dans ce contexte, une règle s’impose : écrire comme dans un cadre strictement professionnel.


Stop aux fausses idées

Sur le terrain, de nombreux agents évoquent une forme de retenue. Peur de mal dire, crainte d’être mal interprété, hésitation à prendre la parole.

Pourtant, le droit ne les réduit pas au silence.

Le fonctionnement du service public repose aussi sur la capacité des agents à :

  • faire remonter les difficultés,
  • participer aux échanges,
  • proposer des améliorations.

Un agent qui s’exprime avec mesure et professionnalisme agit dans son rôle.


Une ligne de crête… mais une marge réelle

Dignité, réserve et loyauté ne sont pas des outils de censure. Ce sont des repères.

Ils encadrent les comportements, sans supprimer les droits.

Dans cet équilibre, une chose demeure :
les agents territoriaux ne sont ni muselés, ni soumis.

Ils sont des professionnels responsables, capables de s’exprimer, à condition de maîtriser la forme autant que le fond.


Sources

Arrêts maladie et retraite : les droits des agents territoriaux confirmés

Une clarification attendue vient sécuriser les droits à pension des fonctionnaires. Les périodes d’arrêt maladie seront bien intégralement prises en compte, sans limitation de durée.

Bonne nouvelle pour les agents territoriaux : les périodes de congé pour raison de santé continuent d’être pleinement intégrées dans le calcul du droit à pension. Une réponse ministérielle récente vient lever les dernières incertitudes et confirmer une règle essentielle pour de nombreux agents.

Dans une réponse publiée au Journal officiel le 24 février 2026 (question écrite n°11065), le gouvernement précise que les congés maladie « échappent à la limite de cinq ans » applicable à certaines périodes sans service effectif. Ils sont donc pris en compte dans leur totalité pour la retraite.

Une distinction juridique déterminante

Le Code des pensions civiles et militaires de retraite distingue plusieurs situations. Certaines périodes sans activité réelle peuvent être comptabilisées, mais dans une limite de cinq ans. Cette règle a longtemps suscité des interrogations chez les agents, notamment en cas d’arrêt maladie prolongé.

La clarification apportée est nette :
les congés pour raison de santé — qu’il s’agisse de congé maladie ordinaire, de congé longue maladie ou de longue durée — ne sont pas concernés par cette limitation.

Ils sont assimilés à des services effectifs, au sens de l’article L. 5 du code des pensions.

Une évolution confirmée par la loi de 2026

La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, adoptée le 30 décembre 2025, a modifié l’article L. 9 du code des pensions. Cette évolution vient consolider le cadre juridique en mentionnant explicitement les situations liées à la santé :
congés maladie, temps partiel thérapeutique, accidents de service ou maladies professionnelles.

L’objectif est clair : sécuriser les droits des agents et éviter toute interprétation restrictive.

Un enjeu concret pour les carrières

Pour les agents territoriaux, cette confirmation est loin d’être théorique. Elle garantit que les périodes d’arrêt, parfois longues et subies, ne pénaliseront pas le calcul de la durée de services.

Cela concerne directement :

  • les agents confrontés à des pathologies lourdes,
  • ceux ayant connu des interruptions prolongées,
  • ou encore les carrières marquées par des accidents de service.

Le SNT appelle à la vigilance

Le Syndicat National des Territoriaux (SNT) rappelle que ces droits doivent être effectivement appliqués dans toutes les collectivités.

Des erreurs d’interprétation ou de liquidation peuvent encore survenir. Le SNT invite donc les agents à :

  • vérifier leurs relevés de carrière,
  • se rapprocher de leurs représentants syndicaux en cas de doute,
  • anticiper leurs démarches plusieurs années avant le départ en retraite.

Le syndicat insiste également sur la nécessité d’une information claire des services RH, afin que chaque agent puisse faire valoir ses droits sans difficulté.


Sources :

  • Assemblée nationale, réponse ministérielle n°11065, publiée le 24 février 2026
  • Code des pensions civiles et militaires de retraite, articles L. 5 et L. 9 (version en vigueur, Legifrance)

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